Au bout du conte… La fabrique
d’une histoire

Réalisation Dispositif L’Exhausteur d’histoires, 50/30/30 cm (bois et plexiglass), plaques de plexiglass sérigraphiées 50/30 cm
Lieu Le Laonnois
Publics Tout public
Dispositif Plaines d’été de La D.R.A.C Hauts-de-France, résidence à l’E.P.S.M.D.A de Prémontré (02)
Année 2023

À partir des lieux de mémoire chargés d’histoires particulières que nous avons traversées dans l’Aisne, autour de Laon, nous avons proposé aux habitants de venir se raconter dans différentes localités.
Les rencontres avec les participants ont donné lieu à des échanges sur le lien qu’ils entretiennent avec leur territoire, son paysage, son patrimoine et son histoire.

Suite à ces échanges, chaque participant est venu déposer un témoignage par l’intermédiaire d’un enregistrement vocal ou d’un petit texte. Puis chacun a produit une illustration, un motif au moyen de la technique de la sérigraphie pour poursuivre le récit en images de l’Exhausteur d’histoires.

Nous avons mis en scène les textes et les dessins lors de trois performances le 18 octobre 2023 dans la salle médiévale de l’E.P.S.M.D.A de Prémontré.

Lire l’article de L’union

Illustrations produites autour des récits de territoire, juin-septembre 2023.

L’Exhausteur d’histoires est un théâtre mobile à l’intérieur duquel nous insérons des planches de plexiglass illustrées, il est pourvu d’un caisson lumineux qui permet de visualiser dans un même temps l’ensemble des planches, juin-septembre 2023.

Performances, activation de L’Exhausteur d’histoires par Marie et Gotié et lecture de Géraldine Mercier, le 18 octobre 2023 dans la salle médiévale de l’E.P.S.M.D.A de Prémontré.

Récit composé par Marie et Gotié à partir des dessins et des témoignages des habitants de l’Aisne dans le cadre des « Plaines d’Été 2023 » de la DRAC Hauts-de-France.

Une partition silencieuse de champs et de bois, de plateaux et de plaines semble se dérouler au fur et à mesure que nous avançons dans le paysage. Au loin, une butte blanche de cent mètres coiffée de motifs architecturaux en tous genres se dresse. Une route s’étend dans un patchwork jaune fauve, des arbres s’élancent vers le ciel. Sur la ligne, un village : Plomion. On devine encore les fumées des maisons crépitantes, 14 hommes se sont éteints avec les dernières lueurs de l’été 44… La ligne se tord, se brouille entre des sentiers touffus, la Neuville-lès-Dorengt s’épanouit dans une courbe verdoyante. Carrés, rectangles, briques rectilignes forment ses maisons, La Noirieu y coule paisiblement à côté. Un jour, des truites sortirent des eaux troubles et vinrent dire aux hommes que des poisons coulaient dans leurs corps de poissons De grandes fermes zigzaguent çà et là à Courtrizy-et-Fussigny.

Derrière le passage à niveau, les briques se muent en béton, la terre en bitume, les maisons s’allongent, les pas s’alourdissent et martèlent les grimpettes.
Celle-ci dessine un plan exigu de la ville.
Sentiers, ruelles, rues, rondes serpentent entre les différentes portes, tours, toits et clochers.

En haut de la ville de Laon, des animaux aux grosses oreilles murmurent des histoires : « un bœuf qui ramenait des pierres de la ville basse pour construire la cathédrale s’écroula. Un nuage se détacha du ciel et laissa apparaître un boeuf blanc pour terminer le travail de l’animal fatigué. »
Ils racontent aussi que la bosse qui forme la ville de Laon a été édifiée sur le dos d’une baleine endormie. Il y a très longtemps, la mer avait envahi le golfe parisien par le nord et recouvrait l’intégralité de ce territoire. Une baleine aux écailles couleur sable avait établi son lit ici-même sur l’actuelle ville de Laon.
Un jour, la mer se retira et la baleine endormie resta dans le paysage, le façonnant en partie.
Plus tard, les hommes retrouvèrent l’un de ses os et le suspendirent au niveau du porche de la cathédrale…

La mer a laissé des traces de son passage dans le paysage, les vagues ont creusé des cuves, des creux, des « creuttes ». On peut se cacher dans le calcaire des grottes.
Plus tard, les vignes se sont installées, les arbres ont poussé dans les poussières des coquillages.
Au XVIII sème siècle, le roi Louis XV ordonne de tracer un chemin entre les arbres et les vignes pour que ses filles se rendent au château de la Bove.
Il eût été possible qu’elles foulent les terres des villages de Pontavert, Oulches-La-vallée-Foulon, Craonne, Corbeny, Bouconville-Vauclair, sans présager qu’au cours de l’histoire, le relief de ces paysages viendrait à changer…

Abcès, creux, bosse, monticule, butte…
A Craonne, en 1914/1918, c’est la vie souterraine, sur la plaine, pluie perpétuelle d’éclats d’obus, cadavres qui fleurissent sur d’anciennes parcelles cultivées, les chemins se couvrent de ligne de front, de nuage vert, de tranchées.

Sur le Chemin des Dames, c’est l’affrontement des hommes.
La ligne d’horizon s’enfonce dans la terre. Les clochers, les toits, les arbres, les herbes des prés s’effacent, le ciel se referme sous une chape de plomb.
Il faut attendre que le temps passe.
Il faut attendre que le paysage ne soit plus qu’un désert, attendre le silence, attendre le retour de la vie.

Des couples de villages se forment, pour ne pas oublier leur voisin dévasté : Bouconville-Vauclair, Oulches-La-Vallée-Foulon, Vendresse-Beaulne, Pancy-Courtecon, Colligis-Crandelain, Moussy- Verneuil…

Le long des chemins, les enfants jouent aux billes avec les balles rondes des Shrapnels trouvés.
A Corbeny, on déterre quelques trésors cachés : peintures, sculptures en bronzes, ornements de l’église…
Malgré, les traces de la persistance des conflits, la vie reprend son cours, on croisent quelques vieilles fontaines sur les sentiers, entre les villages.
Certains persistent à dire qu’elle reviendra un jour…
Pourtant, autour de Vassogne, la nature reprend ses droits, on se retrouve autour d’un jardin partagé, ils poussent plus de choses qu’on en a semées…
Du vert recouvre chaque parcelle délaissée, la terre semble s’apaiser, un nouvel éden apparaît.