Faire paysage
Durant l’année 2026, nous avons parcouru le sud-ouest de la Somme, et plus particulièrement l’arrière-pays de la Baie de Somme, pour aller à la rencontre de celles et ceux qui habitent ces paysages souvent invisibilisés. Le dessin, la peinture et la sérigraphie nous ont permis de traduire ces expériences partagées. Nous avons déplacé ces récits vers des formes sensibles, afin que le paysage devienne une surface de circulation entre le réel et l’imaginaire. À travers l’exploration de ce territoire rural constellé de nombreux villages (entre Airaines et Ault), nous avons mené une réflexion avec les habitants autour du lien qu’ils entretiennent avec ce territoire, de la culture commune qui s’y exprime, mais aussi de leur relation aux différents paysages qui le composent. Nous ne considérons pas le paysage comme un décor, mais comme une construction vivante, façonnée par les usages, les récits et les mémoires. Ce qui nous intéresse, c’est ce qui s’y dépose : les traces visibles, mais aussi les perceptions plus discrètes, les attachements, parfois les tensions.
« Le paysage raconte une certaine manière d’être au monde ; il nous dit comment, à partir d’un socle géographique donné, se sont lentement imprimées et superposées les respirations de l’histoire, le jeu des échanges reliant les hommes, les manières dont ils ont choisi de vivre ensemble et les récits qu’ils ont pu en faire. En ce sens, les paysages sont véritablement des archives, et l’archéologue Roger Agache suggére à juste titre qu’ils pourraient même être les premiers de nos monuments historiques. »
Atlas des paysages de la Somme, B.Le Boudec, H.Izembart, Atelier Traverses
La participation d’habitants aux profils variés nous a permis d’entrevoir ce qui « fait paysage » pour chacun et chacune. Comment ce paysage est-il vécu, traversé, mais aussi transformé ?
Nous avons recueilli une pluralité de récits, de perceptions et d’usages du territoire, en marchant avec les habitants, mais aussi à travers différentes formes de rencontres. Peu à peu, le paysage s’est déplacé : il n’était plus seulement devant nous, il passait par les voix. À travers cette exposition, nous s présenterons des sérigraphies, des dessins et paroles issus de cette recherche, mais aussi « mettre en espace » les récits et les échanges avec les habitants rencontrés. Ce projet nous amène à faire du paysage un espace de relation : un lieu où se croisent des expériences, des récits et des formes, et où peut s’inventer une autre manière de regarder et peut-être d’habiter un territoire.
L’exposition aura lieu en février 2027
à l’Espace Culturel Nymphéa à Camon (80)